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04/12/2013

Compte-rendu du Café de Flore de Femmes 3000 du 11/09/2012 : Nathalie RHEIMS, écrivaine. «Laisser les cendres s’envoler»

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Nathalie Rheims est venue présenter le 11 septembre 2012 au Café de Flore de Femmes 3000 son roman intitulé « Laisser les cendres s’envoler », paru aux éditions Léo Scheer.  C’était, alors, son quatorzième et dernier ouvrage publié. Sans doute un quinzième est-il en préparation car cette auteure nous a dit ne plus pouvoir vivre sans écrire. Comme tout écrivain, elle puise la matière de ses récits dans son imaginaire qu’alimentent continument ses sentiments, ses expériences, sa culture, sa vie en somme.

Vous trouverez ci-dessous le compte rendu associé, rédigé par Monique Raikovic (email)

Télécharger le compte-rendu en version pdf

UN ROMAN EST TOUJOURS UNE FICTION, À LA RIGUEUR, UNE AUTOFICTION.

La couverture du livre de Nathalie Rheims au titre mélancolique de « Laisser les cendres s’envoler » porte la mention « roman ». En définissant ainsi ce récit, l’éditeur indique au lecteur qu’il ne s’agit ni d’une autobiographie, ni d’un reportage journalistique, ni bien entendu, d’un témoignage destiné à un quelconque tribunal ! Certes… Mais, le personnage principal s’exprime à la première personne. D’où la propension irrépressible  du lecteur à voir l’auteure en ce personnage et ce, d’autant plus spontanément que le peu  qu’on sait de la vie de Nathalie Rheims se prête à ce rapprochement. 


 

S’arrêter à ce type de lecture reviendrait à tenir pour négligeable le métier de l’écrivain, ce travail qui implique à la fois la réflexion, la mémoire, l’imaginaire et le talent de celui ou de celle qui écrit.  Nathalie Rheims a pu tirer un roman d’un événement douloureux de sa propre histoire parce qu’elle est aussi écrivaine. Et ce qui compte, maintenant, c’est davantage le roman qu’elle-même. Parce que les générations à venir le liront pour l’intrigue, sans chercher à identifier des personnes derrière les personnages. De même qu’aujourd’hui, un lecteur ordinaire ne se soucie pas des personnes derrière les personnages d’un Stendal ou d’un Balzac !

DE LA FICTION À LA RÉALITÉ, ET RETOUR

Le pouvoir déformant  de l’empathie

Il est néanmoins difficile, sinon impossible, d’imposer  au lecteur  d’aujourd’hui cette prise de distance entre soi et un personnage tiré de soi quand on appartient par sa mère, à cette famille de princes de la Finance européenne que sont les Rothschild, et par son père, Maurice Rheims, membre de l’Académie française,  au monde des Arts et des Lettres ! Ainsi, ai-je lu ce récit en une nuit  en oubliant qu’il s’agissait d’un  roman... Et l’auteure ayant su éveiller mon empathie, j’ai refermé le livre  en pensant : « Ils l’ont assassinée ! », « Ils » désignant « l’Artiste » et  « Elle », l’usurpatrice du collier de perles, leur victime étant la mère de l’auteure … Je me suis même dit que Nathalie Rheims n’avait pas pu ne pas penser cela !... Et il m’a fallu un moment pour admettre que je venais de lire non un témoignage  mais un roman ! 

Surfant sur Internet, j’ai découvert l’identité de  « l’Artiste », lequel avait acquis une notoriété certaine avant qu’il ne rencontre la mère de Nathalie Rheims. J’y ai appris du même coup que Nathalie Rheims et sa sœur avaient contesté en justice la part successorale concédée  par leur mère à cet homme et avaient perdu le procès qu’elles lui avaient intenté. J’ai pu, constater également que Nathalie Rheims décrit les réalisations de « l’Artiste » telles que la personne à l’origine de ce personnage conceptualisait et créait ses œuvres. 

Bien entendu, l’auteure n’a pu brosser du personnage de son roman qu’un portrait psychologique aux couleurs des sentiments que lui avait inspiré et lui inspirait encore cet homme auquel sa mère avait accordé un amour dont elle s’était sentie dépossédée. Mais la réalité des situations mise au service de la subjectivité de l’auteure fait que le  lecteur d’aujourd’hui établit spontanément un amalgame entre  « l’Artiste », personnage du roman et ce plasticien dont les créations se rattachent au courant du Land Art,  et qui est devenu le second mari de la mère de l’auteure…

Il n’y a pas d’âge pour le dépit amoureux et la haine

Dans cette  perspective, me semble-t-il, ce n’est plus la solitude douloureuse d’une petite fille puis d’une femme en qui continue de crier une petite fille  - « Je me suis sentie plaquée », nous a dit Nathalie Rheims – qui nourrit l’intrigue, mais bien plutôt la haine que la romancière  a conçue à l’égard de celui qui lui avait « pris » sa mère, une haine qui a grandi en même temps qu’elle et qu’elle laisse exploser dans ce roman en une subtile vengeance, égratignant au passage ceux qu’elle rend responsables du comportement de sa mère, ce clan qui n’a jamais considéré celle-ci comme une des leurs à part entière. Une haine d’amoureuse contre celui qui lui a volé l’objet de son amour.

Et la réalité l’emporte sur la fiction.

C’est là, certes, un point de vue situé dans le temps. De plus, c’est le mien.  Les lecteurs de demain  ne seront plus des contemporains de l’auteure. Ils recevront donc autrement ce roman. Mais aujourd’hui, il me semble que Nathalie Rheims s’est servie de l’écriture pour formuler, voire exorciser la haine que lui inspirait cet homme.

En effet, un jour, l’Artiste lui a adressé une lettre d’une grande violence, d’un grand mépris, nous a-t-elle relaté, lors de sa venue au Café de Flore, événement qu’elle rapporte d’ailleurs dans le roman. Elle voulait répondre. Mais elle a d’abord tenu à en parler à un des siens – son oncle dans le roman – qui lui a remis un coffret en lui conseillant d’y ranger la lettre, d’attendre huit jours et de ne répondre que si, ce délai passé, elle le souhaitait toujours. «  Effectivement, huit jours plus tard, je n’avais plus envie de répondre. Mais, maintenant, avec ce livre, je réponds » Et elle fait dire à son personnage : « Je rentrai chez moi en tenant le tombeau dans lequel cette lettre serait ensevelie. Lorsque je l’ai relue, dix ans après, l’étincelle des souvenirs a enflammé le bûcher, il était temps d’écrire ce roman. Rien ne pouvait plus m’arrêter, ni la peur des représailles, ni la bienséance ».

Mais la haine est comme une grenade dans la main qui vient de la dégoupiller. Elle peut exploser en emportant la main… D’après Internet encore, le plasticien qui a servi de modèle à « l’Artiste » a contacté un avocat avec l’intention de porter plainte contre Nathalie Rheims et ce roman. Puis, il a renoncé. Il ne serait pas sorti indemne d’un tel procès, c’est certain. Mais Nathalie Rheims, non plus, peut-être…

La fiction aide à  la maturation des sentiments.

Alors que ce qui est le plus important dans cette histoire, c’est le roman, en tant que roman et seulement en tant que roman. Parce que l’auteur y esquisse en lignes nettes et élégantes, sans fioritures inutiles, un milieu social à une époque donnée, incitant le lecteur à s’interroger sur ses propres positions  par rapport aux situations évoquées.

Ainsi écrit-elle – fait-elle dire à « Je », son personnage  principal - : « Pour quelle raison ceux qui bénéficient de tous les privilèges recherchent-ils encore plus que les autres, le malheur ? Est-ce l’effet du désœuvrement ou le signe que rien n’est jamais gratuit, qu’il y a toujours un prix à payer ? ». Une question comme un caillou lancé dans l’étang des peurs du lecteur et qui fait surgir  à la surface des cercles de questions sans réponse. 

C’est ce qui a dû arriver à ce lecteur, sans doute passablement « jacobin »  qui - sur internet toujours- a noté: « Pauvre petite fille riche ! ». Du moins, ce besoin de laisser un commentaire prouve-t-il que ce livre ne l’a pas laissé indifférent. Et c’est cela l’essentiel, c’est cela qui donne sens, donc vie,  au livre.

Dans le roman, l’héroïne est âgée de 13 ans quand, un matin, le maître d’hôtel de ses parents, lui annonce que « sa mère est partie » - « Partie où ? » demande-t-elle - « Je crois que Madame a pris un appartement », lui répond-il.  Mais, dans la réalité – selon Internet, encore -, Nathalie Rheims  aurait eu 17 ans à ce moment-là, un âge où l’on commence généralement à avoir moins besoin d’une mère faisant fonction d’ange gardien ! Mais, du point de vue de l’intrigue, dans ce contexte extrêmement policé, la petite fille face au maître d’hôtel incarne beaucoup plus intensément solitude et abandon que ne l’aurait fait une très jeune femme riche ! Et puis, Nathalie Rheims s’est peut-être sentie démunie, fragile,  telle une  petite fille perdue, abandonnée, lors du départ de sa mère. Telle une petite fille de 13ans. 

Dans le roman, l’héroïne est très solitaire, évoluant dans un monde d’adultes aussi raffinés que  distants. Mais dans la réalité, Nathalie Rheims avait une sœur et un frère. Quand une adhérente de Femmes 3000 lui a demandé comment ceux-ci avaient réagi au départ de leur mère, elle a expliqué que sa sœur se trouvait aux États-Unis « quand cela est arrivé ». « Et mon frère a développé un lymphome à petites cellules un an après le départ de ma mère », a-t-elle ajouté avant de déclarer : « Je pense qu’on reste tout au long de sa vie les petits de ses parents, qu’il n’y a pas d’âge pour avoir besoin d’appeler sa mère… Moi, je n’ai plus ma mère. J’en ai fait le deuil depuis longtemps. Et c’est très bien comme ça. »  De même qu’elle trouve que, dans son cas, « ne jamais avoir tenté la maternité, c’est très bien comme ça ».

On l’imagine passant devant la vitrine d’une librairie et y apercevant un exemplaire de « Laisser les cendres s’envoler » puis,  s’éloignant en pensant : « C’est très bien comme ça »… Car il y a en elle, maintenant, le besoin et le bonheur d’écrire. Et, « c’est très bien comme ça ».

MAIS QUI EST VRAIMENT L’ECRIVAINE NATHALIE RHEIMS ?

S’exprimer à travers la parole des autres d’abord, à travers l’écriture ensuite.

Nathalie Rheims est née en 1959. « En 1976, à 17 ans, vous entrez au conservatoire de la rue Blanche, a rappelé Domitille de Veyrac. Vous entamez une carrière de comédienne de théâtre et d’actrice de téléfilms qui durera sept ans. Puis, en 1985,  vous devenez productrice de télévision avec, notamment, sur France 2, une émission sur l’art,  « Haute curiosité », coproduite avec Léo Scheer et présentée par Claude Sérillon et Maurice Rheims. Devenue ensuite la compagne et la collaboratrice du producteur-réalisateur Claude Berri, vous avez créé avec celui-ci la société Cinéma Hirsch Production. Enfin, et surtout, en 1999, vous publiez votre premier roman, « L’un pour l’autre » (édition Galilée) qui recevra le Prix du Gai Savoir. Depuis, vous n’avez plus cessé d’écrire  et de publier  des récits  fortement marqués par des événements de votre vie, tout particulièrement le quatorzième et dernier, « Laisser les cendres s’envoler » où vous faites allusion au départ de votre mère, au sentiment d’abandon qui en est résulté pour vous, mais aussi, au silence qui a entouré ce sentiment d’abandon dans cette famille Rothschild à laquelle vous appartenez, où le silence est la règle d’or, justement. »

L’écriture, un outil au service du besoin de dire.

« Pour moi, produire c’était travailler avec Claude Berri, a tenu alors à préciser Nathalie Rheims. Après sa disparition j’ai monté ma propre société pour me prouver que tout ce que nous avions réalisé ne l’avait pas été en vain. Mais je pourrais vivre sans produire alors que je ne le pourrais pas sans écrire. Ce besoin m’est venu un an après la mort de ma mère. Écrire était pour moi la seule possibilité de formuler  des choses que je ne pouvais exprimer au moyen de la parole. Mon premier texte, « L’un pour l’autre », consacré à Charles Denner, a été rejeté par deux grandes maisons d’édition avant d’être accepté par les éditions Galilée.  Je suis convaincue que dans le monde des Lettres comme ailleurs, on ne réussit jamais tout seul. Je suis la partie émergée d’un iceberg qui inclut, entre autres, mon éditeur, en l’occurrence et depuis 2003,  Léo Scheer.

« Pour moi, écrire est un travail d’artisan. Quand je me mets à écrire, j’ouvre ma boîte à outils. Or avec les années, le savoir écrire, le savoir utiliser au mieux ces outils ne cesse de croître. J’écris en musique, avec un casque sur les oreilles. Parvenir à formuler sa pensée de la manière la plus exacte, sur le ton le plus juste, sans fausse note, est ce qu’il y a de plus difficile à atteindre. Chaque écrivain a sa propre musique qu’on devrait pouvoir  reconnaître en passant de l’un à l’autre de ses livres. Je ne me relis pas  quand j’avance dans mon intrigue. Tant pis pour les fautes d’orthographe ! Mais, chaque soir, j’envoie à mon éditeur les pages écrites dans la journée et nous en discutons ensemble. Et je laisse à mon attachée de presse le soin de parler de mes livres en mon nom.

« Plus on est astreint à se taire, plus on est appelé à pratiquer cette expression silencieuse qu’est l’écriture. L’écriture est pour moi transgressive, toujours. Sinon, elle n’est pas.

« Parce qu’on est la main qui écrit, on s’attend à ce que le livre ne parle qu’à soi. Mais les livres sont plus forts que nous. Et nos personnages nous échappent. Ainsi, mon héroïne de « Laisser les cendres s’envoler » est-elle beaucoup plus forte que moi…

Un message bien reçu par ceux dont parle l’auteure ?

À notre question concernant la manière dont son entourage familial recevait ses  romans, Nathalie Rheims répond en mentionnant d’emblée sa sœur : « Elle lit mes livres et nous en discutons ensemble », explique-t-elle.  Puis, « Mon père a lu le livre qui parlait de lui et il m’a dit : c’est bien ». Puis, après un temps d’hésitation : « Quant aux autres membres de ma famille… Je ne suis pas sûre qu’ils me lisent. J’ai été néanmoins convoquée par un oncle, très gentil, qui m’a demandé si j’étais tout à fait sûre de l’exactitude de quelques unes des situations que je rapportais…Dans ma famille, on nous apprend à parler en silence, sans jamais trahir les secrets. D’ailleurs, ces secrets, je ne les transgresse pas. Jamais. On nous apprend aussi à ne pas crâner, à ne pas parler de ce qu’on fait. Ça écrase l’égo sous une presse ! Je ne mourrai pas écrasée sous le poids des compliments de ma famille ! »

Mais, Nathalie Rheims a croisé « des  figures masculines très fortes, des hommes très protecteurs, très bienveillants » selon ses propres termes. Ces compagnons de route lui ont certainement apporté tout le soutien et l’attention dont elle avait besoin en tant qu’écrivaine.

L’écriture comme moyen de résister aux chocs de l’existence.

L’une d’entre nous a relevé qu’en lisant ce récit, elle s’était demandé si cet abandon n’avait pas été une chance pour l’écrivaine en Natalie Rheims. Celle-ci voit plutôt dans son salut par l’écriture une manière de résistance au malheur. « Ce qu’Anouilh appelle la résilience », dit-elle. « J’ai également eu la chance de ne pas naître de l’autre côté du périphérique, poursuit-elle. J’ai compris cela très tôt ! La personne, qui nous a élevées, ma sœur et moi, et que j’ai considérée comme ma mère, était communiste et elle nous emmenait dans des meetings ! Je sais donc parfaitement qu’être né dans le milieu où je suis née est une chance. Je ne suis pas une rebelle. Mais ce que j’ai vécu à travers ma relation à ma mère m’a déterminée très jeune à faire mon chemin comme je l’entendais.  Mon père aurait voulu m’inscrire dans un rallye quand j’étais adolescente, mais je l’ai averti que s’il faisait cela, je fuguerais et qu’il ne me reverrait jamais !

« Je recycle ce qui m’arrive. Le départ de ma mère aurait pu me détruire. Mais je recycle dans l’écriture. La mort de Claude Berri a été une épreuve terrible. Mais je recycle… Mais je n’écris pas qu’à partir de ma propre histoire ! Sur mes quatorze romans, quatre seulement peuvent être qualifiés de récits personnels ».

L’écriture  est une voix, elle a besoin d’une écoute.

L’effet salutaire  de cette transmutation en écriture de moments cruciaux de votre vie est-il dépendant ou indépendant du fait que vous soyez lue ou non ? Lui avons-nous demandé.

« Est-ce qu’on écrit pour soi, comme on se met au piano pour soi, sans penser à devenir concertiste ? Non. Pas en ce qui me concerne.  Mon écriture n’est pas à visée thérapeutique ! Je n’ai pas échappé à la névrose, bien entendu. J’ai suivi une thérapie. J’ai recyclé cette expérience dans « Le Chemin des sortilèges ».

« Si j’écris, c’est pour être lue.  J’ai besoin d’être lue pour me sentir reconnue. Sinon, je n’écrirais pas, je ferais autre choses. Chacun a besoin de se sentir reconnu dans le regard de ses parents et tout particulièrement dans celui de sa mère. On dit que j’écris pour les femmes. Mais j’écris des romans et ce sont surtout les femmes qui lisent les romans. Et, peut-être qu’effectivement,  je cherche dans chacune de mes lectrices, le regard de ma mère… Cette fois, avec « Laisser les cendres s’envoler », j’ai écrit surtout pour toutes les petites filles qui sommeillent en mes lectrices et  qui ont une mère, quelle que soit cette mère...

« L’écriture est une voix qui se lit et il faut hurler plus fort que les autres pour être entendu. Pour y parvenir, il faut éprouver comme vital le besoin d’écrire. 

« Et puis, c’est un métier. C’est mon  métier.

Et l’écrivaine a besoin d’être reconnue, mais seulement de ses lecteurs !

On lui demande ce qui lui a valu d’avoir reçu la Légion d’Honneur. Elle répond qu’elle n’en connait pas la raison, qu’elle en est la première étonnée, puis ajoute : « Ça ne se demande pas, ça ne se refuse pas non plus. Mais je ne vois vraiment pas pourquoi et pourquoi moi ! Je n’ai pas fait la guerre, je n’ai rien accompli d’exceptionnel… »  Peut-être pour son action en faveur du cinéma d’auteur au côté de Claude Berri ? Mais elle ne s’est pas attardée davantage sur le sujet.  Ne nous a-t-elle pas dit que, dans sa famille, on ne « crâne» pas, on ne parle pas de ce qu’on fait ? Par ailleurs, en tant que citoyenne, Nathalie Rheims  se sent probablement parfaitement intégrée dans le tissu social ! Et, peut-être, même, ne souhaite-t-elle pas être connue sur ce plan. Ne déclare-t-elle pas : « Je suis un peu sociopathe. Je ne sors pas beaucoup. Mais l’écriture me déculpabilise, mes livres me permettant de rencontrer des gens d’horizons très variés. Et ça, c’est bien. »

Et « c’est très bien comme ça ! »

Entre  deux livres ? Lui demande-t-on.

« Entre mes livres, je m’oublie en tant qu’écrivaine. Plus exactement, je me  confronte à des personnes qui réalisent des choses dans d’autres domaines que l’écriture, dans des films notamment. Et je suis très attirée par bien d’autres choses encore que le cinéma d’auteur, les religions par exemple, mais aussi le fantastique et le Merveilleux avec un grand M… »

J’ajouterai en guise de conclusion : « Et c’est très bien comme ça » !

Sans doute, la  mère de Nathalie Rheims aurait pu, elle aussi, conclure ainsi, les propos ici rassemblés.  On peut imaginer de même l’écho des voix de Marie d’Agoult et de ses filles, Claire et Louise, nous atteignant à travers les siècles avec les mêmes mots :  « Et c’est très bien comme ça ! »

COMME UN ECHO, MARIE d’AGOULT, SES FILLES, CLAIRE ET LOUISE

En rédigeant ce compte-rendu de la venue de Nathalie Rheims à l’un de nos Cafés de Flore, j’ai beaucoup pensé à Marie d’Agoult qui avait quitté son mari et ses deux filles, Louise et Claire en 1833, pour vivre avec Franz Liszt, dont elle a eu trois enfants. Mes souvenirs de lecture ont défilé dans ma mémoire : Marie d’Agoult et Georges Sand…Leur complicité, leurs querelles… Le salon littéraire de Marie d’Agoult… Le soutien amoureux de Louis Tribert… Une vie d’héroïne romantique. Mais je n’avais aucun souvenir de Louise ni de Claire…

Sur internet, j’ai  trouvé que Louise, née en 1828, était morte à l’âge de 6 ans, en 1834, c’est-à-dire un an après le départ de sa mère. Bien entendu,  cette proximité des deux événements incite à se poser des questions quand on a lu « Laisser les cendres s’envoler » !

Claire, née en 1830, épousera le marquis Guy de Charnacé (1825-1909) et mourra en 1912, à 82 ans.

L’éclat de la liaison de Marie d’Agoult et de Franz Liszt  reste d’autant plus vif que l’autoritaire Cosima Wagner en a été le fruit… C’est toute une époque, tout un monde musical  qui ressurgit à travers leur histoire.

Je ne suis pas certaine qu’on se souviendrait de Marie d’Agoult en tant qu’écrivaine et encore moins en tant que femme, si elle n’avait pas été l’amante de Franz Liszt. La mère de Nathalie Rheims ne connaîtra certainement pas un destin analogue à celui de Marie d’Agoult…

Sans le roman de Nathalie Rheims, je ne me serais jamais préoccupée de Louise ni de Claire d’Agoult, je ne me serais jamais demandée si elles avaient été gravement blessées par cet abandon, comme l’avait été leur père, le comte Charles d’Agoult… Les conseils d’éducation de Jean-Jacques Rousseau avaient, en effet, commencé à modifier les relations entre parents et enfants. Claire et Louise avaient donc pu goûter au bonheur de se sentir aimer par leur mère comme par leur père…

Je me suis demandé aussi comment Nathalie Rheims aurait vécu le départ de sa mère si celle-ci l’avait abandonnée pour un artiste majeur, un homme d’un talent analogue à celui de Liszt… Mais, de son vivant, Franz Liszt, impressionnait-il davantage la haute société parisienne que le modèle de « l’Artiste » du roman, celle d’aujourd’hui ?...  Et un enfant qui se sent abandonné se moque certainement  de la gloire de celui ou de celle pour qui on l’abandonne… 

Sans doute faut-il que se nouent et se dénouent ainsi des destinées pour que les romans existent !

Monique RAIKOVIC

Bibliographie de Nathalie Rheims

L’un pour l’autre, Galilée, 1999, Folio, 2001

Lettre d’une amoureuse morte, Flammarion, 2000

Les Fleurs du silence, Flammarion, 2001, Folio, 2004

L’Ange de la dernière heure, Flammarion, 2002, Folio, 2005

Lumière invisible à mes yeux, Éditions Léo Scheer, 2003

Le Rêve de Balthus, Fayard-Léo Scheer, 2004, Folio, 2007

Le Cercle de Megiddo, Éditions Léo Scheer, 2005, Le livre de Poche, 2007

L’Ombre des autres, Éditions Léo Scheer, 2006

Journal intime, Éditions Léo Scheer, 2007

Le Chemin des sortilèges, Éditions Léo Scheer, 2008

Claude, Éditions Léo Scheer, 2009

Car ceci est mon sang, Éditions Léo Scheer, 2010

Le fantôme du fauteuil, Éditions Léo Scheer, 2010

Laisser les cendres s’envoler, Éditions Léo Scheer, 2012

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